Quand la foi fut éprouvée par la pandémie du Coronavirus
Dans cette vie d’ici-bas, rien ne se produit sans que ne se manifeste le dessein divin. En effet, dans le Saint Coran, Dieu dit ceci :
Nul malheur n’atteint la terre ni vos personnes, qui ne soit enregistré dans un Livre avant que Nous ne l’ayons créé
(LE FER /N°57, V.22)

Au début de l’année 2020, le monde assista à une pandémie appelée le Coronavirus ou Covid 19 qui, partant de Chine, se répandit comme une traînée de poudre à travers le globe n’épargnant pratiquement aucune contrée et qui nous rappela tristement des pandémies précédentes telles que la peste noire du 14ème siècle et la grippe espagnole de 1918. Cette pandémie fut véritablement une épreuve qui n’affecta pas seulement la santé publique, l’économie, la société et les États mais aussi la foi et les convictions des gens. Et c’est à ce dernier point que je souhaiterai m’intéresser dans le présent article. Effectivement, confrontés à une épreuve, les gens ne réagissent pas tous de la même façon, la pandémie du Coronavirus n’en est pas du reste.
Elle représenta à coup sûr une épreuve difficile pour la foi de nombre d’entre nous. Elle fut un véritable examen qui mit à nu le niveau de notre conscience morale et religieuse. Intéressons-nous maintenant de plus près à quelques exemples illustrant le rapport qui fut le nôtre avec cette pandémie et qui dévoila la réalité de notre foi.
Commençons par le premier : comme tout événement dépassant notre entendement, de nombreuses rumeurs fusèrent à son sujet et allèrent dans tous les sens. Certains parlèrent de complot, d’autres évoquèrent une punition divine, tandis qu’un autre groupe demeura dans la confusion et la perplexité. Cet état de fait se trouva davantage aggravé par les réseaux sociaux qui se chargèrent d’amplifier le phénomène et diffusèrent le vrai et son contraire. Il va sans dire que de telles divergences tentant d’expliquer cette pandémie et de lui prêter un sens si pas une origine eurent des répercussions certaines sur notre foi.
Ainsi, il y eut d’abord ceux qui suivirent nuit et jour l’actualité des réseaux sociaux autour de cette pandémie et passèrent au crible des centaines de vidéos tout aussi contradictoires les unes que les autres. En plus de la perte de leur temps précieux, ils ne récoltèrent que davantage de confusion et une croyance déviante qui s’invita dans leur cœur et dans leur esprit suggérant que cette épidémie fut le fruit d’une machination et d’une très grande conspiration à l’échelle mondiale. Dès lors, la peur s’installa dans la vie de ces musulmans ayant la ferme conviction qu’ils sont manipulés et que d’autres malheurs orchestrés par ces complotistes et puissances occultes les attendent dans les années à venir. Ils en arrivèrent ainsi à oublier que rien ne se produit dans cette vie sans qu’Allah ne le décide.
Le Prophète rappelle pertinemment cette évidence qui doit faire figure de profession de foi pour nous musulmans :
« Et si les humains et les djinns se réunissent afin de te prodiguer un profit quelconque, ils ne pourront le faire que si Allah l’a décrété en ta faveur. Et s’ils se réunissent afin de te faire subir un tort, ils ne seront en mesure de t’atteindre que si AllahU te l’avait prédestiné. »
RAPPORTÉ PAR AL-TIRMIDHÎ.
Assurément, une telle croyance déviante et perverse aboutit à affaiblir le cœur et à saper sérieusement l’un des piliers fondamentaux de la foi, à savoir celui de la foi en le destin qu’il implique un bien ou un mal.
Un autre exemple peut être avancé quant à ce qu’a généré cette pandémie comme effets néfastes sur notre foi. Il s’agit d’une autre peur, à la lumière de la surmédiatisation des victimes du Covid et du bouche à oreille, celle d’être touchée de plein fouet par ce virus comme s’il agissait de façon libre et incontrôlée. Dès lors, une psychose s’installa au sein de pans entiers de la communauté et de la société, et certains se mirent à basculer dans une attitude paralysante craignant tout ce qui les entoure et nourrissant des doutes obsessionnels (al-wassâwis). Cette peur effroyable s’inscrit également en porte-à-faux avec la croyance musulmane qui suggère comme nous l’avions dit précédemment que rien ne se produit sans que le Très-Haut ne le décide. De plus, cette attitude décrite eut également pour conséquence dévastatrice sur la foi et le cœur de voir le croyant se laisser asservir par les moyens mis en œuvre par les autorités sanitaires en vue de lutter contre la propagation de la pandémie tels que le port du masque, les gestes barrières, la distanciation sociale ou encore le lavage des mains.
Certes, s’il est vrai que ces mesures préconisées furent nécessaires en vue de se prémunir de ce virus, il n’en demeure pas moins vrai que lorsque le cœur s’aliène à ces mesures au point de croire qu’elles seules peuvent nous protéger pleinement de ce fléau, nous touchons alors là le point sensible de la question. Pour quelle raison ?
Rappelons d’abord que le Prophète nous invita à prendre les précautions nécessaires afin de prévenir tout mal mais celles-ci ne demeurent que des moyens déployés qui n’ont d’impact protecteur que si Dieu le décide. Ensuite, nous affirmerons qu’attribuer à ces mesures un effet déterminant indépendamment de la volonté divine c’est prétendre qu’elles peuvent à elles seules nous procurer un bienfait quelconque et nous soustraire de tout mal. Une telle croyance conduit le cœur à cultiver un attachement sans faille à ces dispositions prises comme protectrices et salutaires. Cette posture fut clairement condamnée par le Prophète comme contraire à l’Unicité (al-Tawhîd) en ces termes :
« Quiconque s’attache à quelque chose se verra abandonné à celle-ci. »
RAPPORTÉ PAR AL-TIRMIDHÎ.
De plus, soulignons aussi qu’adopter des précautions jugées utiles et urgentes afin de prévenir tout mal tout en s’en remettant pleinement à Dieu fondent notre foi en le destin. Et c’est en ce sens que le calife ‘Umar Ibn al-Khattâb qualifia sa propre attitude lorsqu’il rebroussa chemin le conduisant vers la Palestine après avoir appris qu’une épidémie s’y était propagée et que le Compagnon ‘Abd al-Rahmân Ibn ‘Awf lui appris que le Messager avait prévenu que si une épidémie se manifestait dans une terre, il ne fallait pas s’y rendre tout comme ceux qui s’y trouvaient ne pouvaient en sortir. Interrogé sur sa décision de rentrer au pays et de ne pas faire face au destin divin que constitue l’épidémie de Palestine, il répondit :
« Oui nous fuyons un destin divin (l’épidémie) pour trouver refuge auprès d’un autre destin divin (le retour à Médine comme mesure préventive). »
RAPPORTÉ PAR AL-BUKHÂRÎ ET MUSLIM.
Et à contre-sens, nous trouvons celles et ceux qui firent preuve de laxisme quant au respect des mesures sanitaires à adopter arguant que rien ne pourra leur arriver que si le Seigneur le décide. Nous en conviendrons, il s’agit là d’une conception profondément erronée de la confiance en Dieu (al-tawakkul).
En effet, s’en remettre au Créateur et Lui faire pleinement confiance n’exclut pas d’être prévenant afin de se prémunir de tout mal.
Là-dessus, les textes coraniques et prophétiques regorgent d’indications allant dans ce sens, nous ne citerons que deux exemples afin d’illustrer notre propos : Dans le Saint Coran, Dieu nous invite à ceci :
Ô les croyants ! Prenez vos précautions…
(LES FEMMES /N°4, V.71)
Dans la Tradition prophétique, les mesures préventives face à une maladie contagieuse sont soulignées avec force, le Prophète dit en effet ceci :
« Que l’on n’introduise pas une personne malade auprès d’une autre en bonne santé. »
RAPPORTÉ PAR MUSLIM.
À la lumière de ce que nous venons d’exposer, il paraît évident que la foi de nombre d’entre nous fut fortement éprouvée lors de cette pandémie. Et maintenant que la pandémie nous a quittés par la grâce d’Allah, il revient à chacun parmi nous d’effectuer son examen de conscience en vue de tirer les conclusions qui s’imposent. Le moment du bilan s’impose en effet et chaque musulman sera en mesure d’évaluer sa propre personne face à cette crise. A-t-il été à la hauteur des événements ou a-t-il échoué lamentablement au niveau de sa foi et de sa piété?
Nous terminons cet article par rappeler ce qu’il importe de faire lorsque nous sommes confrontés à une crise d’ampleur collective comme celle que nous avons connue. Nous commencerons d’abord par affirmer qu’il conviendra de s’assurer, dans la mesure du possible par ses propres moyens ou en se remettant à des personnes avisées, de l’authenticité des informations qui circulent à grande échelle via les différents canaux d’informations parmi lesquels nous trouvons les réseaux sociaux. Cette démarche constitue une injonction coranique sans ambiguïté :
Quand leur parvient une nouvelle rassurante ou alarmante, ils la diffusent. S’ils la rapportaient au Messager et aux détenteurs du commandement parmi eux, ceux d’entre eux qui cherchent à être éclairés, auraient appris (la vérité de la bouche du Prophète et des détenteurs du commandement).
(LES FEMMES /N°4, V.83)
Ensuite, les moments de crise et d’épreuve doivent offrir l’opportunité d’un retour vers Dieu , d’un travail sur soi et d’une remise en question perpétuelle. Hélas c’est souvent durant ces temps de crise et d’épreuve que les gens sont les plus éloignés de Dieu et distraits, entre ceux dont la foi est profondément secouée par les événements et d’autres qui se laissent aller à des divagations et à des polémiques futiles croyant tout ce qu’ils voient et entendent au point de s’oublier eux-mêmes. Se consacrer à Dieu durant ces instants troubles constitue à vrai dire une voie bénéfique et salutaire. En effet, elle est bénéfique car le croyant se remet en question et travaille sa foi en vue de sortir de cette épreuve améliorée et renforcée. Elle est ensuite salutaire parce que ce sont dans de telles circonstances qu’il se tourne vers Dieu par la prière, la demande de pardon (al-istighfâr) et les invocations afin d’implorer son Seigneur de le préserver de toute épreuve et d’y mettre un terme. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le Messager souligne avec force et insistance le mérite de l’adoration durant ces temps difficiles. Il dit en effet :
« L’adoration dans les moments de désordre (al-harj) équivaut à accomplir l’émigration pour me rejoindre. »
RAPPORTÉ PAR MUSLIM.
En guise de conclusion, cette pandémie, qui appartient désormais au passé, louange à Allah, doit nous amener à nous poser les bonnes questions parmi lesquelles figure celle-ci : quels enseignements utiles et pratiques avons-nous tiré de cette période difficile ? Il va sans dire que ce n’est qu’en répondant à cette question en toute sincérité et sans détour que l’on connaitra dès lors sa propre valeur sur l’échiquier de la foi et de la piété, car comme le dit si bien un proverbe arabe : « Ce n’est que lors d’une mise à l’épreuve que l’individu est honoré ou avili ! »

















