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Les modèles prophétiques, un trésor sous-exploité

Dans le Coran, les passages relatifs à la vie des Prophètes et aux peuples du passé représentent presque un tiers du corpus saint. Ainsi, Allah nous a envoyé son dernier Livre en décidant de le composer – pour un tiers de son contenu – d’histoires, de récits et d’événements anciens.

Quelle en est la raison ? Serait-ce pour nous apprendre à vivre dans le passé ? Pour nous inciter à ressasser continuellement des anciens faits figés dans leur temps et dans leur espace ? Ou au contraire, est-ce là plutôt une invitation à méditer le passé pour en tirer les enseignements et les leçons qui nous aideront à gérer notre présent, notre réalité et nos besoins, en étant dotés d’une foi renforcée par ces exemples. En d’autres termes, des histoires passées pour vivre le présent.

Et tout ce que Nous te racontons des récits des messagers, c’est pour en raffermir ton cœur. Et de ceux-ci t’est venue la vérité ainsi qu’une exhortation et un appel aux croyants.

(Hûd /n°,11, v.120).

Ainsi, la finalité coranique de ces récits n’est pas de nous présenter de belles aventures traversées par de grands personnages, mais plutôt de nous fournir des modèles à suivre, des exemples de vie, des expériences réussies ou échouées pour nous indiquer la bonne voie à suivre. Pour porter ses fruits, une expérience doit nous montrer ce qu’il faut et ne faut pas faire. C’est pourquoi le Coran ne présente pas les récits anciens comme un monde idyllique fait de miracles, mais aussi comme des moments de peine, d’échecs et de faiblesses. Sinon, le tableau serait incomplet et l’on ne pourrait pas puiser tout ce dont on a besoin.

La parabole du calligraphe

Séquence : admettons que je sois passionné de calligraphie. J’ai toujours rêvé d’en pratiquer, mais je n’ai jamais suivi de cours. Un matin, je décide de prendre mon destin en main et de me lancer. J’achète le matériel qui me semble nécessaire, sans trop savoir ce qu’il me faut précisément, je fais confiance à mon instinct… et je choisis le moins cher aussi. Puis, je rentre chez moi et je m’y mets : je saisis mon calame et mon encrier et j’écris.

Dans ce cas de figure, à moins d’avoir un don inné, il est fort probable que mon écrit sera de piètre qualité. En effet, après quelques minutes, je constate que ce que j’avais imaginé ne ressemble en rien à ce qui se trouve sur ma feuille. C’est raté et je suis déçu.

Cependant, je ne perds pas espoir. Je prends contact avec M.A., l’un des plus grands calligraphes de la capitale. Il accepte de me recevoir. Chez lui, il prend le temps de m’expliquer comment bien pratiquer cet art : il me présente son matériel (à mille lieues de ce que j’avais acheté) ; son espace de travail (un petit bureau aménagé calme et apaisant dans sa cave, alors que moi j’avais écrit devant la télévision allumée). Il m’invite alors à l’observer et me confie ses secrets de la réussite : « Avant de commencer, je fais une petite pause de cinq minutes, c’est une phase de concentration indispensable, j’éteins mes écrans et je m’assis calmement pour respirer profondément. Ensuite, je saisis mon calame : regarde comment je le tiens, comment je place mes doigts, comment je tiens ma feuille. » Je l’observe, sans rien dire, je fais des photographies mentales de ce qu’il me montre, je suis concentré sur sa pratique.

Le lendemain, je fonce au magasin pour acheter le même matériel que M.A. ; les mêmes feuilles que lui, le même calame. De retour chez moi, je m’isole, j’éteins mes écrans, je me concentre quelques minutes, je respire profondément, comme lui. Puis, je sors les photographies mentales de ma mémoire et j’imite M.A. ; mais en écrivant autre chose, ce que je voulais réaliser. Le résultat est surprenant. Ce n’est pas parfait ; ce n’est pas aussi bien que M.A., car lui a plus de trente ans d’expérience, mais c’est déjà beaucoup mieux que la première expérience. Je suis fier de moi.

Cette parabole nous illustre que la meilleure manière de réussir un travail, une œuvre, un projet… est d’imiter ceux et celles qui l’ont entrepris et réussi avant nous. Croire que nous pouvons réussir tout, tout seul, sans modèle de réussite, est un leurre. On comprend mieux pourquoi le Coran et la Sunna insistent tant sur des notions de « suivi ». Suivre la Sunna, c’est imiter un modèle de réussite totale, celui de notre Prophète . Les récits du Coran sont là pour cette raison : des exemples de réussite et d’échec pour savoir ce qu’il faut faire et ne pas faire.

En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment.

(Les coalisés /n°33, n°21).

C’est aussi le cas avec les autres Prophètes, notamment Ibrâhîm. Allah dit à son propos :

Certes, vous avez eu un bel exemple [à suivre] en Ibrâhîm et en ceux qui étaient avec lui, quand ils dirent à leur peuple: «Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d’Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l’inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu’à ce que vous croyiez en Allah, seul»

(L’éprouvée /n°60, n°4).

Il en va de même pour le Prophète Yûsuf :

Il y avait certainement, en Yûsuf et ses frères, des exhortations pour ceux qui interrogent

(Yûsuf /n°12, n°7).

Les versets allant en ce sens sont très nombreux dans le Saint Coran. On en retrouve tout autant dans les compilations écrites de la Sunna.

Le Coran et la Sunna ont pour but, entre autres, de régir le mode de vie du musulman. Ils mettent en évidence, tous deux, différents aspects du modèle de perfection qu’ils proposent. Ainsi, ils parlent de dévotion et d’adoration, de sagesse, de piété, de don de soi, etc. Mais aussi de logique, de méditation, d’éloquence et de bien d’autres choses. Les thèmes abordés sont nombreux et variés.

Le modèle de perfection proposé par le Coran et la Sunna, à savoir les Prophètes et Messagers, est polyvalent. Il est utile dans la vie du croyant dans tous les aspects de sa vie, que ce soit sur le plan humain, économique, social, politique et j’en passe. Mais il en est un en particulier qui nous intéresse sur le plan pédagogique, c’est la relation parents-enfants.

La relation parents-enfants est un aspect de la vie des Prophètes — il y en a tant d’autres — trop peu exploité malheureusement. Pourtant, l’endurance des Prophètes, leur générosité, leur ascétisme, la manière dont ils ont transmis le message, leurs relations avec leurs épouses, etc., sont tous autant de sujets essentiels dans la vie de tout croyant, mais où les Prophètes, nos modèles, occupent si peu de place. Le chantier est encore vaste.

L’angle d’attaque que nous avons choisi dans cette section du magazine est la relation parents-enfants et l’éducation parce que les passages coraniques sont nombreux à ce sujet. À travers ces articles, le lecteur pourra se rendre compte comment le Coran sert de mode d’emploi dans la vie du musulman et est, plus que jamais, utile sur le plan pédagogique et éducatif. Les premiers articles poseront un cadre méthodologique, puis ils seront suivis d’articles plus pratiques dans lesquels nous analyserons des passages relatifs à la vie des Prophètes desquels nous pouvons tirer des leçons éducatives et améliorer notre relation avec nos enfants.