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‘Ammâr Ibn Yâssir

Pour la ‘‘Personnalité de l’édition’’ … nous avons choisi pour cette dernière un homme connu pour l’ampleur de la patience par laquelle il se distingua. Ses parents et lui-même se convertirent au même moment après avoir entendu parler de l’islam. Il est l’unique fils de Yâssir et de Soumayya qui fut la première femme martyre de l’islam. Cette personnalité n’est autre que ‘Ammâr Ibn Yâssir .

‘Ammâr Ibn Yâssir est un musulman des premières heures de la Révélation. Son père Yâssir Ibn ‘Âmir , un Yéménite, a quitté sa terre natale pour retrouver son frère disparu. Arrivé à La Mecque et s’y étant plu, il décida d’y rester pour y fonder sa famille. Abû Hudhayfa Ibn al-Mughîra, un Mecquois avec qui il travaillait lui proposa de se marier avec une de ses esclaves Soumayya Bint Khayyât . De cette union est né ‘Ammâr Ibn Yâssir .

Pauvre et sans protecteur, la famille de Yâssir subira toutes sortes de tortures de la part des associateurs qurayshites. Les sévices qu’ils subirent s’opéraient sous une chaleur accablante. Ils les torturèrent très durement, les frappèrent et les fouettèrent sans relâche. Abû Jahl en personne participa à la torture de ces trois croyants. Il passa les voir tous les jours pour assister à leurs supplices et ordonner au bourreau de durcir ses coups. Ils furent affamés et assoiffés durant de très longues journées. Imaginez quelqu’un accompagné de sa mère ! Imaginez la mère et le père qui voient leur fils se faire torturer ! C’est une vision insoutenable !

Ils posèrent sur eux des boucliers en fer jusqu’à ce que leur corps et leur peau brulent par l’ardeur du soleil. Le Prophète , impuissant au début de la Révélation, assistait à leurs souffrances et les réconfortait tout en les encourageant dans la patience. Il leur dira :

« Patientez ô famille de Yâssir, votre destination sera le Paradis ».

Leur endurance leur permit d’être des exemples dans la religion. ‘Ammâr , son père et sa mère patientèrent, mais la patience a ses limites. Toute chose a une limite. Abû Jahl ce perfide, voyant leur résistance, prit une lance et empala Soumayya , la mère d‘Ammâr . Elle mourut devant son mari et son fils. Elle fut dès lors la première femme martyre de l’islam.

Effectivement, la première personne croyante qui mourut pour défendre la cause d’Allah et de Son Prophète et pour que la parole d’Allah soit la plus haute n’est autre qu’une femme…Soumayya Bint Khayyât ! Après quelques jours, suite à la dureté des tortures, son père Yâssir mourut à son tour! Qu’Allah les agrée tous. Et notre jeune Compagnon, ‘Ammâr, resta seul. Il fut torturé encore et encore à tel point qu’en certains moments il n’avait pas conscience de ce qu’il disait. Le Prophète vint le voir lorsqu’il se fit brûler avec le feu et dit :

« Ô feu Sois fraicheur et salut pour ‘Ammâr comme tu le fus pour Ibrahim».

‘Ammâr supporta alors la douleur mais un jour, alors que ses tortionnaires allaient encore plus loin dans leurs sévices, ‘Ammâr en arriva à prononcer des mots qu’il ne voulut pas. Ses bourreaux réussirent à le pousser à dire du bien de leurs idoles. ‘Ammâr en fut très affecté mais le Prophète le réconforta et lui dit en essuyant ses larmes :

« S’ils récidivent, dis-leur la même chose. »

‘Ammâr se calma alors et regagna confiance si bien que sa résistance augmenta et que les associateurs arrêtèrent leur acharnement.

Plus tard, ‘Ammâr effectua l’Hégire avec ceux qui l’accomplirent. Ses parents furent tués, il n’avait plus personne à La Mecque, il émigra donc sur invitation du Prophète à Médine. Il fut l’un des premiers à arriver à Qubâ’ et fut parmi ceux qui incitèrent à la construction de la mosquée de cette localité. Il en sera récompensé et le sera également par l’entremise de chaque personne qui y priera. Et cette prière équivaut à une Omra.

S’il y avait une personne dont le Paradis attendrait impatiemment sa venue en raison de ce qu’il a enduré pour la cause de la foi, ce serait ‘Ammâr Ibn Yâssir . Qui donc, en dehors de ses frères Compagnons, peut-il aspirer à un tel niveau de foi, de piété, de sacrifice et d’abnégation ?

Le Prophète l’aimait beaucoup et le félicitait pour sa foi et sa dévotion. Il disait de lui :

«‘Ammâr est rempli de foi jusqu’à la moelle !»

‘Ammâr aida aussi le Prophète dans la construction de sa mosquée, la mosquée de Médine. Chaque croyant donnait de sa force pour la construction de cette mosquée… Notre Compagnon en faisait partie. Il puisait toute l’énergie qu’il avait pour mener à bien cette tâche.

Le Prophète le vit alors que les Compagnons s’impliquaient dans cette tâche et dit à ‘Ammâr :

«Malheur à toi ô ‘Ammâr ! Un groupe d’oppresseurs te tuera ! »

Et dans une autre version:

« La dernière chose que tu boiras sera du lait caillé puis tu seras tué. »

Cela signifie donc que ‘Ammâr savait pertinemment qu’il ne mourra pas de façon naturelle mais qu’il sera tué et que le groupe qui lui retirera la vie sera un groupe d’oppresseurs. Le Prophète n’a pas usé du terme mécréants mais bien celui d’oppresseurs, et l’oppresseur peut être croyant tout en étant agresseur ; le droit n’étant pas de son côté. Les Compagnons écoutèrent ce que le Prophète a prédit à ‘Ammâr et espéraient tous se trouver dans le rang de celui-ci t.

Ce noble Compagnon participa à toutes les guerres et expéditions menées par le Prophète dont les plus connues comme celles de Badr, Uhud et al-Khandaq. ‘Ammâr Ibn Yâssir se trouvait toujours au premier rang de l’armée musulmane et combattait férocement à tel point que lors d’un des accrochages de la bataille d’Al-Yamâma qui opposait les musulmans à l’armée de l’imposteur Mussaylama, il vit quelques Compagnons paniquer, se mit en hauteur et appela: « Ô musulmans, ô musulmans, est-ce le Paradis que vous fuyez ? Rejoignez-moi, je suis ‘Ammâr Ibn Yâssir.» Les Compagnons y se réunirent alors et redoublèrent de courage pour faire face aux négateurs et aux apostats. C’est également lors de cette bataille que ‘Ammâr eut son oreille mutilée, blessure au sujet de laquelle il fut très fier.

Notre Prophète resta fier d’Ammâr Ibn Yâssir en raison de sa bravoure, de son humilité et de sa modestie. Il quitta ce monde en étant satisfait de ce noble Compagnon . Il en sera de même pour les califes qui ont succédés au Prophète , ils exprimèrent également une pleine confiance en ‘Ammâr si bien que durant le califat d’Umar , il fut choisi pour être le gouverneur de la ville de Koufa, en Irak. Malgré ce haut rang dans la communauté musulmane, les biens matériels ne l’ont jamais attiré. Il ne changea pas et continua à passer ses nuits à lire le Coran, à jeûner durant la journée, à invoquer son Seigneur et à implorer Son pardon.

Les jours passèrent, les événements s’enchainèrent et l’heure de ‘Ammâr , alors âgé de 93 ans, arriva. Ce fut durant la bataille de Siffîn, première guerre fratricide qui rompit les rangs des musulmans. Cette bataille où bon nombre de Compagnons du Prophète tombèrent en martyr, ‘Ammâr fut dans les rangs d’Ali Ibn Abî Tâlib . Ali eut la vérité de son côté. Cette bataille débuta par le refus de Mu’âwiya Ibn Abî Sufyân de prêter allégeance à ‘Ali Ibn Abî Tâlib , après l’assassinat de Uthmân , tant qu’il n’aura pas vengé la mort du calife assassiné. Vint l’instant critique pour ‘Ammâr Ibn Yâssir qui but du lait caillé et se souvint alors de la prédiction du Messager d’Allah . Il dit alors: « Le Paradis s’est approché et les houris aux yeux grands et beaux ont été mariées…. Aujourd’hui, nous rencontrerons notre bien-aimé Muhammad. » Voyez la certitude, remarquez l’homme qui attend la mort avec impatience, la mort qui est synonyme de retrouvaille avec notre Prophète .

Avant l’ouverture de la bataille, ‘Ammâr s’adressa aux soldats : « Marchons contre ces gens-là qui prétendent venger le sang de ‘Uthmân… Alors qu’ils veulent devenir des tyrans et des monarques. » Quand quelques Compagnons du camp adverse virent ‘Ammâr se ranger du côté de Ali , ils quittèrent le champ de bataille parce qu’ils surent que la vérité était avec ‘Ammâr et qu’il sera tué par le groupe des injustes. ‘Ammâr brandit alors l’étendard et son épée, et se dirigea vers son destin. Les partisans de Mu’âwiya essayèrent d’éviter ‘Ammâr pour ne pas le tuer afin de ne pas confirmer la prédiction de Prophète . Cependant, ‘Ammâr fut tué au combat.

Toute âme goûtera la mort, mais vous ne recevrez votre totale rétribution que le Jour de la résurrection. Quiconque échappera alors à l’Enfer et entrera au Paradis aura trouvé la félicité. En vérité, la vie d’ici-bas n’est faite que de plaisirs éphémères.

(LA FAMILLE D’IMRAN /N°3, V.185)

Ali le chercha après la bataille et le trouva baignant dans son sang. Il le porta, l’ensevelit avec ses vêtements, comme il est de tradition dans le cas des martyrs, et pria sur celui que le Paradis désire ardemment.

Ce serviteur dont la mère fut la première martyre de l’islam, lui qui fut frappé et durement torturé t à La Mecque et qui effectua l’Hégire pour Dieu et Son Messager à Médine. Lui qui combattit à Badr, à Uhud, à al-Khandaq, à Tabûk, et fut témoin de toutes les batailles. Lui qui, durant les guerres d’apostasie lors du califat d’Abû Bakr t, fut d’une aide précieuse au Véridique. Lui qui participa aux conquêtes musulmanes aux côtés d’Umar et fut dans les rangs d’Ali Ibn Abî Tâlib durant la bataille de Siffîn où il tomba en martyr. Ce Compagnon exemplaire a satisfait Allah et Son Prophète . Qu’espérer de mieux? On vous le demande chère lectrice, cher lecteur.