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La mort du messager de Dieu

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,

Bienvenue chers lecteurs dans cette nouvelle série d’articles où nous tenterons de nous pencher ensemble sur la période des 4 califes bien guidés et d’en tirer des enseignements précieux.

À eux seuls, ils ont eu la noble tâche d’organiser la société et d’utiliser au mieux l’héritage prophétique. Par leurs choix, leur ijtihâd, ils ont réussi à maintenir le cap ainsi que l’esprit de la Révélation. Malgré tout, nous verrons que ce ne sont que des hommes, certes parmi les meilleurs, mais profondément humains. Leurs décisions ne pouvaient pas atteindre la perfection, gardons cela à l’esprit dans notre parcours et ne jugeons pas trop simplement certains faits. Puisse Allah nous accorder la sincérité dans ce modeste travail.

Le commencement avec la mort du Messager de Dieu

Le Prophète meurt en l’an 11 de l’Hégire ce qui correspond au mois de juin 662 de notre ère. Abû Bakr , ayant demandé précédemment l’autorisation de rentrer chez lui afin de s’occuper de son épouse souffrante, se trouve lui à environ 1,5 km de là. Averti de la situation, il se précipite dans l’appartement du Messager et trouve ‘Umar haranguant la foule dans la mosquée. Il entre et constate que le Prophète est décédé et enveloppé dans une cape yéménite auprès de sa fille Aicha . Il lui embrasse la tête.

Alors que la confusion règne, il sort en direction du minbar pour s’adresser à la foule. Il dit : « Que ceux qui adoraient Muhammad sachent que Muhammad est mort. Par contre, ceux qui adorent Allah, sachez qu’Il est éternel et ne meurt jamais ». Il cite alors le verset 144 de la sourate La famille d’Imran /n°3

Muhammad n’est qu’un messager – des messagers avant lui sont passés -. S’il mourait, donc, ou s’il était tué, retourneriez-vous sur vos talons ? Quiconque retourne sur ses talons ne nuira en rien à Allah; et Allah récompensera bientôt les reconnaissants.

À ce moment-là, ‘Umar ainsi que la foule présente réalisent ce qui se passe. Umar dira plus tard : « Je suis tombé, les genoux par terre, j’avais l’impression que c’était la première fois que j’entendais ce verset et d’être sorti tout droit d’un cauchemar ». Abû Bakr rejoint ‘Umar . Et c’est alors qu’un homme accourt auprès d’eux pour leur annoncer que certains Ansârs se sont réunis sous le préau des Banû Sâ‘ida pour élire un nouveau chef. Accompagnés par Abû ‘Ubayda qu’ils croisent en chemin, ils font route vers le préau en laissant ‘Alî en compagnie d’al-‘Abbâs s’occuper du corps du Prophète .

À leur arrivée, les Ansârs se sont effectivement regroupés et un orateur parmi eux a pris la parole pour faire des louanges de leurs services rendus à la communauté. Ils s’apprêtèrent à prêter serment d’allégeance à un homme visiblement malade, blotti sous une couverture. Il s’agit de Sa’d Ibn ‘Ubâda, le chef des Khazraj.

Les trois Compagnons s’assoient et écoutent patiemment. ‘Umar veut prendre la parole mais Abû Bakr l’en empêche. Plus tard, ‘Umar s’exprimera : « Tout ce qu’a dit Abû Bakr ce jour-là était ce que je voulais dire mais en mieux ».

Il prend donc la parole et confirme la valeur des Ansârs en citant tous les versets du Coran et les hadiths les mentionnant sans en omettre un seul. Puis il dit : «  Mais vous savez bien que le pouvoir revient aux Quraysh, nous sommes les émirs et vous les vizirs. Je vous propose de nommer l’un de ces deux illustres Compagnons, respectables par leur âge, leur lignée, distingués et qui vous traiteront comme le Prophète vous traitait ».

C’est alors qu’un homme des Ansârs s’écria : « Un calife pour vous et un calife pour nous ! » ‘Umar lui répondit sur le champ : « Jamais, on ne met deux sabres dans le même fourreau ». Abû ‘Ubayda surenchérit en disant : « Vous étiez les premiers alliés à apporter votre soutien à la religion, ne soyez pas les premiers à la modifier ». Dans ce contexte tendu, tout le monde est à fleurs de peau, ‘Umar a compris que l’heure est grave. Il prend la main d’Abû Bakr et lance : « Nous ne reconnaitrons à personne d’autre que toi ce droit, n’est-ce pas toi qui était seul avec le Prophète dans la grotte mentionnée dans le Coran ? N’est-ce pas toi qu’il a choisi pour le remplacer durant sa maladie pour la prière ? ‘Umar lui prêta alors serment. Deux Ansârs, Bashîr Ibn Sa‘d et Usayd Ibn Hudayr (chef des Aws) les appelèrent à craindre Dieu et à reconnaitre le mérite des Muhâjirûns. Ils suivirent ainsi les pas de ‘Umar et prêtèrent serment en compagnie des Ansârs présents.

Abû Bakr alla vers Sa‘d Ibn Ubâda , resté à l’écart, et lui dit : «  Le Prophète a dit : “ Si les Ansârs prenaient le chemin sur cette colline, je leur emboiterais le pas ” .Tu étais présent lorsque le Messager a dit que les dirigeants viennent de Quraysh ». Sa‘d acquiesça et prêta alors serment.

Le lendemain, c’est la séance de prestation de serment public où le calife reçoit la bay’a de la part de tous les musulmans dans la sainte mosquée de Médine. C’est à ce moment-là que le calife prononce son premier discours.

Analysons ensemble cet événement et tirons-en des enseignements.

On assiste à deux réactions en réalité. La première, c’est la réaction tribale des Ansârs qui, dès l’annonce de la mort du Messager , se réunissent pour nommer l’ancien chef de la tribu des Khazraj puisque le chef des Aws, Sa’d Ibn Mu’âdh était mort lors de la bataille du Fossé. Lui seul pouvait donc prétendre à ce titre.

La deuxième réaction, c’est la réaction religieuse, celle d’Abû Bakr et de ‘Umar qui pensent d’abord au bien de la communauté au-delà de toute vision tribale. Le but étant de rétablir l’ordre le plus rapidement possible. Une Umma divisée serait potentiellement une catastrophe. Ils savent pertinemment qu’une vacance du pouvoir trop longue (on parle de quelques heures) serait la porte ouverte à la fitna. Voilà la raison pour laquelle ils se précipitent.

Nous pouvons aussi observer que la nomination d’Abû Bakr comme premier successeur du Prophète est le résultat d’un concours de circonstances  «  une feltah » en arabe  comme le relate ‘Umar lors d’un retour de pèlerinage. Ayant entendu des personnes sur place évoquer cela, il leur répond : « Oui, c’était bien une feltah mais nous avons choisi le meilleur et respecté le bon ordre des choses ».

Donc oui, un concours de circonstances et non comme le pensent les chiites, un plan machiavélique prévu de longue date pour ravir le pouvoir ou comme le suggèrent certains orientalistes, de l’opportunisme politique.

Revenons sur la position de ‘Ali dans cet événement. Il a prêté serment six mois plus tard après le décès de son épouse et fille du Messager , Fatima . En fait, elle avait eu un différend avec Abû Bakr au sujet de l’obtention d’une palmeraie en héritage que le calife avait refusé, avançant en vertu d’un hadith, que le Famille du Prophète ne perçoit pas d’héritage à partir d’aumônes laissées à la postérité. Toutefois, avant sa mort, Fatima se réconcilia avec le calife Abû Bakr .

Dans ce climat de tension, on peut aisément comprendre la réaction de ‘Ali . De plus, frustré de ne pas avoir été consulté pour l’élection du calife car il s’occupait des funérailles du Prophète , il s’abstient de prêter allégeance. Peut-être n’avait-il pas mesuré toutes les conséquences qui se déroulaient à cet instant et que le bon choix fut de nommer un successeur le plus rapidement possible. Malgré l’enjeu, il a su se réconcilier avec Abû Bakr et il fut même amené à avoir des responsabilités sous son califat et celui des suivants.

Pierre angulaire du conflit sunnite/chiite, la bonne compréhension de cet évènement est capitale.